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Tananarive du 25 mars au 1er avril 1953 : la fin de l'incompréhension et l'affirmation d'un grand Amour

J'arrive donc à Tana le 25 mars où je loue dans le plus bel hôtel une suite .Je vous dirai que je ne me souviens pas très bien ce que j'ai pu faire en attendant l'arrivée de Marcelle et de Jean-Paul je dois avoir déambulé dans Tana..

Le 26 mars Marcelle et Jean-paul partent de Paris pour Tana escales Le Caire, Djibouti. Tananarivo.

Tout le monde est heureux.

Nous passons une semaine à Tana et nous partons pour Mandritsara où on nous reçoit avec honneur et plaisir comme d'ailleurs les Magne savent faire.
Notre case est neuve, nous avons des serviteurs zélés...mais c'est la brousse il faut aller chercher l'eau à la Manganara .Une eau qui en saison des pluie est presque rouge sang. Certes ça sent l'eucalyptus.Certes ces Dames sont très gentilles ..Mais Marcelle pleure, Marcelle rend au point que le serviteur croit qu'elle est enceinte, Marcelle maigrit à vue d'œil. Moi , l'inconscient, je ne sais plus que faire alors je lui dis:
- je vais donner ma démission et demander notre rapatriement .
Refus. Mais les jours passent et la situation ne s'améliore pas . Marcelle décide de repartir , ce qu'elle peut faire puisque elle a droit à un voyage de retour .Je ne vous l'ai pas dit .Pour venir me rejoindre elle s'est mise en congé de convenances personnelles ! Vous voyez bien que ce n'est pas l'intérêt qui l'a faite venir! Donc elle fait sa demande de rapatriement et va la poster. Notez que le courrier ne passe qu'une fois par semaine et comme c'est la saison des pluies il lui arrive de ne venir que chaque 15 jours. Au lieu de se calmer elle pleure de plus belle et me dit :
-je ne veux pas partir .Va trouver Magne et dis lui que je veux récupérer la lettre.
- Je ne peux pas aller demander au Chef de District de récupérer une lettre que ma femme vient de mettre à la poste. Non si tu veux vraiment rester va toi même lui demander de te donner ta demande de rapatriement.
Oui elle y est allée et moi j'ai beaucoup pleuré et alors a commencé pour moi une ère de bonheur qui durera toute ma vie.
C'est alors que je mis en action les "relations" que j'avais aux ministères de l'Éducation nationale et de la France d'Outre Mer.
1°) pour avoir mon changement dans une grande ville de Madagascar.
2°) Pour faire obtenir à Marcelle un poste dans l'enseignement avec évidemment tous les avantages financiers que cela comportait
Afin de vérifier si j'avais bien accompli la mission qui m'avait été confiée à savoir créer un classe préparatoire à l'entrée dans les Centres d'administration et  les CC de type métropolitain .L' Inspecteur d'Académie vint passer une semaine à Mandritsara. Il fut enchanté étonné même de mes réalisations au point qu'il me dit 
-Je vais vous proposer pour aller au Cours Complémentaire de type métropolitain de Majunga .
- Et pour mon épouse ?
- Aucune difficulté nous l'affecterons à l'École d'Administration de Majunga. et ainsi tout le monde sera satisfait . A j'oubliais ,j'ai appris que vous aviez eu d'excellents résultats en Sciences quand vous étiez élève-maître aussi vous aurez un poste scientifique à Majunga.
- Je vous remercie Monsieur l'Inspecteur et nous honorerons, la confiance que vous nous témoignez .. 

C'est beau la confiance.

Marcelle était très contente et même fort étonnée de la rapidité avec laquelle ses vœux s'étaient exhaussés. " Aide toi le ciel t'aidera ".

Nous dûmes pendant un mois lutter contre une épidémie de peste. Tous les jours nous prenions la "nivaquine" pour éviter le paludisme.  Nous étions vacciné contre la fièvre jaune.

Maintenant que nous avons décidé de rester à Madagascar . Organisons nous afin de rendre notre séjour agréable et productif..

La vie à Mandritsara

En résumé : je crée cette classe spéciale et j'obtiens des résultats dont moi même suis étonné.

 

Marcelle accomplissait son rôle de Madame Instituteur

Devant notre "case" avec les serviteurs

elle participait, au premier rang aux fêtes symboliques comme celle du bœuf gras

 

Marcelle aimait bien aller chez Madame Roddes

(Coïncidence Gilbert a connu Monsieur Roddes qui était venu se faire soigner au Floride)

Quelques coutumes vues par les élèves

Jean-Paul a voulu que nous posions pour dit-il la postérité...

Anecdotes  Jean- Paul s'était vite acclimaté à la vie de brousse. Il arrivait de France où on gelait pour se trouver en short et en chemisette sous un climat tropical certes mais en altitude donc sans chaleur excessive. Il eut vite fait d'avoir des copains les gendarmes avaient des enfants de son âge. Un jour je rendis visite au gendarme Singal pour le remercier de m'avoir prêté son fusil; alors que nous buvions nous entendîmes des cris d'enfants. Là , sous la véranda, une bande d'enfants Malgaches, Indiens, et Français dont Roddes  fils, Singal fils, Ouradou fils s'amusaient à faire courir des "petits" crocodiles mesurant presque un mètre. Singal me dit laissez les faire ce sont des crocos apprivoisés. Il n'empêche que ces bêtes vous coupaient un manche à balai comme un fétu de paille.

Un autre jour Jean Paul et moi partîmes pour aller à la pêche . La Mangarara coulait alors une eau claire. Nous repérons un joli ruisseau qui se jetait dans la rivière et nous installâmes à l'ombre d'un manguier. La canne à pêche était rustique et l'appât consistait en des vers de terre. Nous pêchons de grosses anguilles. Voilà que passe un Malgache et qui nous dit fâdy. Il veut dire que c'est défendu .Alors, comme on m'avait bien précisé de ne pas offusquer la tradition je remis notre pêche à l'eau. Arrivé à la case je raconte l'épisode à Bémizara qui m'apprend que le fâdy ne s'applique uniquement au langage il faut simplement appeler le poisson d'eau douce bibirano (bête d'eau)

Nous allions souvent chasser les tourterelles avec un fusil à un coup. Jean-Paul voulut tirer une palombe il tua un nuage de perruches.

Nous aimions errer à l'aventure au point qu'un jour nous nous laissâmes surprendre par l'arrivée brutale du crépuscule au point qu'il devint difficile de retrouver notre chemin . Il faisait lorsque nous crûmes arriver à Mandritsara alors que c'était un tanan à cinq km .Heureusement que le chef du village nous remit sur la bonne route. Mais Jean-Paul avait soif et il était fatigué .L'eau de la Mangarara que nous longions jusqu'au gué qu'on nous avait indiqué n'était pas potable . Supplice de Tantale . Nous traversons rapidement la rivière au gué indiqué et nous sommes heureux de voir se dresser un manguier. Sous la Lune qui nous éclairait les mangues rutilaient. Je ne sais plus combien nous en avons mangé tellement nous avions soif ...Inutile de vous dire que tout le monde nous attendait sur le pas de la porte . Ce fut la dernière fois que je m'aventurais ainsi.

Marcelle aimait faire le marché .Oui Mandritsara avait un marché et tous les commerces que l'on pouvait imaginer. Donc , un jour Marcelle avait acheté un beau morceau de bœuf que les Malgaches appellent  omby  on ne sait pas si c'est un omby d'élevage ou sauvage . Le fait est que le morceau acheté était déposé dans une cuvette émaillée et que soudain fondant du ciel un énorme oiseau se précipite et s'envole emportant le morceau de viande .Marcelle pousse un cri, si grand, que l'oiseau lâche sa proie qui retombe dans la cuvette ! Les Malgaches appellent ce grand rapace brun noir le Papango c'est le Milvus migrans commun aussi en Afrique et jusqu'en Dalmatie. Ce rapace chasse les rats en quantité .

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